De 1945 à aujourd’hui : retour sur l’aménagement du territoire en France

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Pour savoir où l’on va, il est souvent utile de comprendre d’où l’on vient. Cette maxime prend tout son sens en matière d’urbanisme, de planification urbaine et d’aménagement du territoire. Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le visage de la France a considérablement changé. Des erreurs ont été commises, des innovations de génie ont changé notre quotidien et nous vivons aujourd’hui sur l’histoire des grandes politiques publiques passées. Pour imaginer la ville de demain – plus connectée, plus intelligente, plus inclusive et plus écologique – replongeons-nous un moment dans celle d’hier.

1945-1968 : la reconstruction et des défis importants

Détruites par la guerre, les grandes villes françaises et les infrastructures clés ont été reconstruites rapidement grâce à une politique très dirigiste orientée dans un objectif uniquement économique. Il fallait redresser le pays et le faire vite. Dès les années 50, les choses vont mieux. Il faut alors maintenir la croissance économique et donner la priorité à l’outil de production. Les industries et les grandes villes se développent, contribuant à accentuer un exode rural de plus en plus significatif.

Le problème, c’est que le pays est encore fragile : les logements sont souvent insalubres et le manque criant d’équipement pour les nouvelles populations qui arrivent en ville contribue à accroître les inégalités. L’événement qui cristallise une réalité difficile, c’est le terrible hiver de 1954 où plusieurs personnes meurent de froid dans les rues des grandes villes de France. Une situation qui poussera alors l’abbé Pierre à passer son célèbre appel pour davantage de solidarité, et le gouvernement de l’époque d’investir dans des solutions de logement d’urgence.

Au début des années 60, la France se transforme grâce aux grands travaux de modernisation. C’est ainsi que les premiers kilomètres d’autoroute voient le jour, que les premières centrales nucléaires sont implantées, que de nouveaux espaces de loisirs sont édifiés au bord de la mer et en montagne, et que les premiers supermarchés et hypermarchés s’installent autour des grandes villes.

1967-1982 : âge d'or des villes nouvelles et de la planification

C’est en 1967 qu’est promulguée la loi d’orientation foncière (LOF), qui fait office de première grande loi d’urbanisme de l’après-guerre. Le temps est à la préparation de l’avenir. Un avenir qui appartient à la jeunesse qui manifeste partout en France en mai 68. Une énergie nouvelle se développe et souffle sur une jeune génération qui n’a pas connu les affres de la Seconde Guerre Mondiale. On commence à parler de changements, de nouveautés et dans le même temps, on s’intéresse aussi aux conséquences d’une urbanisation qui s’accélère. La fin de l’empire colonial déclenche une situation d’urgence en matière d’habitat. C’est l’époque des grands ensembles, des cités modèles et des villes nouvelles.

Ces dernières s’inspirent des principes du Corbusier, avec la création de zones séparées, l’agora, le centre commercial et les espaces verts. Peu après, la ville moderne est confrontée à une explosion démographique sans précédent et la fin des Trente glorieuses est brutale : chocs pétroliers, désindustrialisation et chômage impactent le pays. Jusque là, c’était l’État qui décidait de tout, mais les choses évoluent avec l’élection de François Mitterrand en 1981.

1982-2000 : la décentralisation

Dans un pays à forte tradition administrative, les lois de 1982 et 1983 établissant une décentralisation politique et administrative changent la donne. Y compris en matière d’urbanisme et de la planification urbaine. La France se dote de trois niveaux de collectivités territoriales : les régions, les départements et les communes. Le meilleur exemple pour comprendre cette décentralisation est celui de l’éducation : l’État garde la main sur les universités, les régions décident des lycées, les départements s’occupent des collèges, et les communes gèrent les écoles maternelles et primaires. Si la décentralisation n’enlève rien à la bureaucratie française, elle permet un changement d’échelle important.

Dans les années qui suivent, l’échelon européen prend de plus en plus de place, en particulier dans le financement des programmes consacrés au rééquilibrage entre les territoires, et entre les villes et les campagnes.

À partir des années 2000 : big data et développement durable

Désormais, on pense technologie et impact environnemental. En vingt ans, nos villes se sont transformées. On ne parle plus uniquement de l’aménagement des routes et des ronds-points, mais des réseaux de fibre optique et des smart grids. On prend conscience des désastres écologiques causés par notre mode de vie et une nouvelle jeunesse prend les choses en main pour se faire entendre. Les villes deviennent plus connectées et plus respectueuses de l’environnement. Mais le travail qui reste à faire est immense.