Le canal de Suez paralysé pendant 6 jours : quels impacts et conséquences sur notre monde ?

CMS header image

Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? 

Cette célèbre citation du scientifique Edward Lorenz date de 1972, mais trouve un écho tout particulier en mars 2021 lorsqu’un des plus gros porte-conteneurs du monde se retrouve bloqué dans le canal de Suez, entravant ainsi toute la navigation de cet axe de communication crucial, et impactant considérablement sur le commerce international. Si ce récit a été abondamment commenté en temps réel dans les grands médias, il soulève néanmoins des questions fondamentales si on prend un peu de hauteur sur le sujet. 

Un navire échoué qui aura tenu le commerce international en haleine

23 mars 2021 à 7 h 40.

C’est au moment où il traverse le canal de Suez en route pour le port de Rotterdam que le porte-conteneur géant « Ever Given ​» s’échoue. Ce géant des mers de 400 mètres de long dévie sur la droite en raison des vents causés par une tempête pour s’enfoncer dans le sable. Bloquant le canal sur toute sa largeur, la proue enfoncée dans une rive, il vient tout simplement de bloquer toute la circulation sur cet axe stratégique.

Le trafic maritime est immédiatement interrompu. Plus de 400 navires s’agglutinent de part et d’autre du canal en attendant de pouvoir le traverser. Certains n’attendent pas et prennent une autre route maritime en contournant le cap de Bonne-Espérance au sud du continent africain. Une solution alternative coûteuse puisque cela rallonge le trajet d’une dizaine de jours (près de 9000 kilomètres supplémentaires à parcourir).

Après une semaine d’efforts, l’Ever Given est finalement remis à flot le lundi 29 mars. Six journées de blocage qui auraient coûté entre 6 milliards et 10 milliards de dollars, selon l’assureur Allianz.

Un incident qui en dit long sur le commerce maritime international

Chaque jour, le monde entier – et en particulier les professionnels de la logistique et du transport international – aura suivi les péripéties inédites de cet incident qui met en lumière les faiblesses du commerce mondial. Alors que 10 % des marchandises transitent par le canal de Suez, une simple tempête de sable peut provoquer des bouleversements mondiaux.

Au cours des dernières décennies, ce canal n’a cessé d’être agrandi et réaménagé pour faire face à l’augmentation du trafic maritime, mais également à la taille des navires qui atteignent des sommets. Les derniers travaux datent de 2015 et étaient justement prévus pour faire naviguer ces porte-conteneurs géants. Au cours des 25 dernières années, leur capacité a quadruplé, atteignant désormais les 220 000 tonnes, comme ce fut le cas pour l’Ever Given. Leur taille a augmenté si rapidement que les infrastructures n’ont pas toujours les moyens de suivre en termes de services et de sécurité. 

Cette course au gigantisme résulte de la pression des transporteurs internationaux, qui cherchent à optimiser les coûts de transport en expédiant des marchandises plus rapidement et pour moins cher. Ainsi, plus les bateaux sont gros et chargés, moins le fret coûte cher par rapport à la tonne de marchandise expédiée. Un impact qui concerne aussi les émissions de CO2, là aussi, rapportées au volume.

… et qui a aussi des impacts géopolitiques

Face à la saturation des routes maritimes existantes, et en réponse à cet incident dans un goulot d’étranglement pourtant étroitement surveillé, d’autres pays se positionnent pour sortir du lot. C’est notamment le cas de la Chine qui développe depuis des années ses fameuses « routes de la soie » destinées à accroître et fluidifier le transport terrestre et ferroviaire entre l’est et l’ouest. Si le but est de réduire la dépendance à ces détroits, canaux et routes surchargées, c’est aussi un moyen de peser dans le jeu commercial et diplomatique mondial pour devenir un acteur incontournable du transport international.

L’autre enjeu qui émerge, et qui inquiète les défenseurs de l’environnement, concerne les routes arctiques. Sous l’effet du réchauffement climatique, la fonte des glaces facilite le passage de navires et permet de réduire le trajet entre Asie et Europe de 30 à 18 jours en moyenne. La Chine se positionne aussi sur ce créneau, tout comme la Russie, les États-Unis, le Canada et les pays scandinaves. Mais à quel prix pour l’environnement ?

Le blocage du canal de Suez interpelle, car il nous rappelle que malgré toutes les innovations technologiques, notre monde reste totalement dépendant de la nature et des contraintes géographiques. Un épisode qui n’a fait, heureusement, aucune victime, mais qui n’a pas été apprécié par les marchés qui se sont temporairement affolés avec des prix du pétrole en hausse. Quand un grain sable ralentit la machine, c’est toute la supply chain mondiale qui tremble. Heureusement, pour cette fois, tout se termine bien.