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Blockchain : décryptage d’un phénomène

Nous vous proposons de découvrir le décryptage de la blockchain par Gérard Peliks, co-directeur de la formation Management de la Sécurité des Données Numériques de l’Institut Léonard de Vinci.

Le mot « blockchain » ou chaîne de blocs fait le buzz cette année et le fera sous doute plus encore dans les années qui viennent. Bientôt ce mot « blockchain » sera précisé par les mots « Ethereum » et « contrats intelligents» comme il l’est aujourd’hui par les expressions « décentralisation de la confiance numérique » et « Bitcoins ».

La blockchain, feu de paille ou révolution qui s’annonce et qui va provoquer des changements jusque dans notre vécu quotidien ?

La blockchain a toutes les apparences d’une technologie de rupture aussi fondamentale que l’a été l’invention de l’Internet dans les années 70 et du Web dans les années 90. L’existence du web nous amusait à ses débuts avec ses rares serveurs et son navigateur rudimentaire. On se demandait à l’époque à quoi le web pourrait bien servir dans la pratique ! Nous ne pouvons plus nous en passer aujourd’hui, avec ses dizaines de millions de serveurs, rien que dans la partie visible du cyber espace, et ses nombreux navigateurs graphiques, qui permettent, avec le web 2.0, d’enrichir la connaissance commune, et permettront, avec les versions suivantes de rentrer nos demandes en langage naturel, en laissant le web comprendre au mieux ce que nous recherchons.
Sans entrer dans la technique, le principal avantage, la principale innovation de rupture de la Blockchain, c’est la confiance distribuée, tout comme le web a été et reste plus que jamais un vecteur d’information distribuée. Avec la blockchain, la confiance s’établit parce que de nombreuses personnes qui ne se connaissent pas forcément et qui ne se font pas confiance individuellement, se font confiance mutuellement parce que la blockchain partage dans ses blocs chaînés la même information, validée, horodatée et infalsifiable.

Le modèle économique de la blockchain est-il viable ?

La réponse est prouvée par la pérennité du bitcoin. Cette cryptomonnaie, basée sur une blockchain, tient bien la barre depuis maintenant plus de sept ans. Elle a connu, certes, des fluctuations, a connu de gros problèmes (affaire MtGov) mais s’en est tirée et connaît aujourd’hui une ascension fulgurante, éloignée de l’esprit sulfureux du blanchiment d’argent sale venant des trafics qui l’entachaient à ses débuts. D’autres blockchains, telle celle ethereum connaissent aujourd’hui des problèmes de jeunesse. Les problèmes d’ethereum (affaire TheDAO) ne sont pas tant dus à la technologie qu’à quelques imperfections dans les contrats intelligents qu’elle gère. Nous pensons que cela ne remet pas en cause les blockchains, ni l’ether qui est la cryptomonnaie d’ethereum, seulement le principe « Le code, c’est la loi » car le code peut toujours présenter des vulnérabilités, mais c’est aussi le cas dans un contrat papier.
La blockchain peut être vue comme un grand registre ouvert, où l’information présente peut être lue mais pas modifiée, information qui est signée et horodatée. Une des applications qui coule de source est de recueillir les diplômes universitaires. Aujourd’hui, des premières expérimentations se font. Citons le Groupe Léonard de Vinci qui utilise une blockchain pour gérer les diplômes décernés à l’ESILV.
La blockchain, en faisant reposer la confiance sur tous les utilisateurs, plutôt que sur un notaire dans les transactions immobilières, un banquier pour la finance, une institution pour l’administratif, les contrats intelligents pour l’Internet des objets, et la signature d’un certificat numérique pour le cyberespace, grâce à ses mécanismes de cryptologie, et ses échanges de pair à pair, de répartition et synchronisation de registres, va ubériser les banques, les assurances, le monde de la santé, va même ubériser Uber !
La blockchain va modifier profondément certains métiers et en créer de nouveaux. Elle repose essentiellement sur la cryptographie. Le bitcoin par exemple est une « cryptomonnaie ». Il était donc naturel que les MBA de l’ILV (Institut Léonard de Vinci), où l’une des facettes est la sécurité de l’Information et une autre l’intelligence économique, en particulier pour le MBA MSDN (Management de la Sécurité des Données Numériques) et le MBA MR (Management des Risques), intègrent cette technologie dans ses enseignements théoriques et pratiques. Toutes les branches de métiers sont concernées, à commencer par les métiers de la banque, de l’assurance, mais aussi de la santé.
Faisant appel à des techniques de cryptographie : calculs d’empreintes et chiffrement à clés publiques, créant des communautés de confiance réparties autour du monde, apportant une solution inédite aux problèmes d’intégrité des informations, les blockchains se devaient d’entrer dans les MBA de l’Institut Léonard de Vinci comme partie intégrante de l’enseignement, non seulement dans leur technologie mais aussi dans leurs usages.

Sur le plan de la certification des diplômes dans le milieu universitaire, comment la technologie des blockchains peut-elle servir ?

Le problème d’un diplôme est que sa copie numérique peut être modifiée par un outil de traitement d’image, avant remise à un potentiel employeur. Si l’empreinte d’un diplôme est entrée dans une blockchain publique, donc librement accessible par tous, en particulier par un employeur, mais par construction, infalsifiable, horodaté et vérifiable, cela établit que le diplôme a bien été décerné par l’entité et validé par la communauté qui gère l’intégrité de la blockchain. L’étudiant diplômé recevra toujours une copie papier de son diplôme, car cette copie papier est certes valorisante, mais c’est la blockchain qui sera la garante de sa véracité. L’étudiant pourra faire état non seulement de son diplôme en ligne, que l’employeur téléchargera mais aussi de l’empreinte de son diplôme et de l’empreinte de la transaction entrées dans la blockchain que l’entreprise téléchargera par ailleurs et qui lui prouvera que c’est bien l’établissement universitaire indiqué dans le CV qui a décerné tel diplôme, à telle date, et qui a entré son empreinte dans la blockchain.
Le pôle Léonard de Vinci est un pionnier en la matière puisque des études ont été menées pour étudier l’intérêt de rentrer les diplômes décernés dans une blockchain publique, ou semi-privée. Alors bientôt parlera-t-on de blockchain dans les CV envoyés aux organisations ? L’enseignement des blockchains au niveau universitaire fera-t-il partie intégrante de tout enseignement sur la sécurité des données numériques et de l’intelligence économique, comme cela va commencer à l’Institut Léonard de Vinci ? Pour notre part, nous n’en doutons pas.

Gérard Peliks
Directeur adjoint du MBA MSDN
Management de la Sécurité des Données Numériques
ILV (Institut Léonard de Vinci) – Paris La Défense