Que dit la pandémie de coronavirus de l’organisation de nos villes

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Le confinement provoqué par la pandémie de covid-19 a changé notre rapport aux choses, au temps, au travail, à nos amis et à notre manière de voir le monde qui nous entoure. Cette rupture fut si brutale que tout fut remis en question en peu de temps. Alors que le déconfinement s’amorce, nous risquons de vivre encore longtemps avec le Sars-Cov-2 en tête. La question qui se pose est donc de savoir si nos villes y sont prêtes. Est-ce que l’espace urbain qui nous entoure pourra s’adapter à ces nouvelles règles ? Et sinon, comment le faire évoluer ? 

Les villes : catalyseur de nos angoisses

Depuis cinquante ans, l’urbanisation s’est accélérée comme jamais. Aujourd’hui plus de la moitié de la population mondiale vit en ville, et ce changement est encore plus frappant dans les pays à faibles revenus. Rendre la ville vivable, saine, voire écologiquement responsable est un impératif, mais que faire lorsqu’un coronavirus vient perturber tous les projets des urbanistes ?

La ville est attractive et dynamique. Pourtant, elle devient soudainement un repoussoir lorsque la pandémie s’installe. Le journal Le Monde soulignait ainsi que plus d’un million de Franciliens ont quitté la région parisienne – soit 17 % des habitants de la métropole du Grand Paris – entre le 13 et le 20 mars 2020. Dans l’histoire, les maladies façonnent les villes. Certains des développements les plus emblématiques en matière d’urbanisme et de gestion urbaine ont d’ailleurs été mis en place en réponse à des crises de santé publique telles que les épidémies de choléra au 19e siècle. Car pendant longtemps, on mourait plus et plus jeune en ville qu’à la campagne, et les conditions de vie y étaient difficilement supportables.

Ce que souligne le covid-19 en matière d’urbanisme, c’est le lien qui existe entre l’urbanisation accélérée, les moyens de transport plus étendus et plus rapides, et la diminution de la distance entre la vie urbaine et la nature non humaine. Avec la croissance continue de la périphérie des villes, les hommes se rapprochent d’une nature sauvage dont l’espace vital ne cesse de diminuer, favorisant ainsi les cas d’infection transespèces, comme celle dont découle le virus actuel.

Adapter les villes à la distanciation sociale

Gestes barrières et distanciation sociale. Ce sont les seuls remèdes que l’on dispose en attendant la découverte et la commercialisation d’un vaccin. Car si la situation semble sous contrôle en France (pour le moment), le virus continue de circuler et des clusters sont découverts toutes les semaines. Cela n’est pas sans conséquence sur l’organisation urbaine. Les entreprises et les commerces rouvrent prudemment leurs portes et tout le monde ne peut pas télétravailler. Il faudra donc bien continuer à se déplacer dans les villes et les banlieues, sans ignorer la menace sanitaire qui rôde.

Adapter les villes à la distanciation sociale est un défi important, car les transports en commun sont soumis à des règles très strictes. La marche à pied et le vélo vont se développer, mais ont besoin d’infrastructures adaptées. Le problème, c’est que les villes ne sont pas pensées pour les piétons ou les cyclistes, mais pour les voitures. Ce paradigme est la raison pour laquelle les espaces verts sont restreints, les pistes cyclables limitées et le moindre changement peut prendre des années. 

Pour y faire face, on parle alors d’urbanisme tactique. Selon la définition de ce concept par les urbanistes canadiens, il s’agit « d’aménagements temporaires qui utilisent du mobilier facile à installer (et à désinstaller) pour démontrer les changements possibles à l’aménagement d’une rue, d’une intersection ou d’un espace public. On peut ainsi montrer comment l’aménagement peut influencer le comportement des usagers. » Le but de l’urbanisme tactique est de pouvoir réagir très vite en tout temps. On peut ainsi créer des pistes cyclables éphémères ou réquisitionner des places de stationnement pour élargir le trottoir. Le but n’est pas esthétique, où la réflexion compte, mais pratique, où l’agilité prime.

Ce changement sera nécessaire en France, car personne ne peut imaginer respecter un mètre entre chaque personne sur nos trottoirs minuscules, en particulier dans les centres-villes historiques qui n’ont pas été piétonnisés.

Aller plus loin pour changer de modèle ?

Le monde d’après, on en a beaucoup parlé pendant le confinement. À quoi va-t-il ressembler ? Qui va en bénéficier ? Que peut-on changer ? En matière d’urbanisme et d’organisation de nos villes, ce monde d’après se dessine dans la tête des chefs d’entreprises, des urbanistes et des architectes.

C’est ainsi que de nombreuses entreprises ont réalisé que la généralisation du travail à distance – s’il est bien géré – constitue une solution efficace pour mieux travailler, tout en économisant le loyer et l’entretien de locaux qui ne sont pas toujours adaptés. Pour les professionnels de l’immobilier d’entreprise, ce n’est peut-être qu’un sursaut, mais cela peut avoir des conséquences sur le long terme en cas de généralisation.

En Italie, c’est l’urbaniste Stefano Boeri qui évoque ce monde d’après avec un appel à réinvestir la campagne et ses villages abandonnés dans le cadre d’un projet national. Il faut dire que le pays compte 5 800 villages de moins de 5 000 habitants, dont 2 300 sont quasiment à l’abandon. Avec la généralisation du télétravail, il sera sans doute plus simple et moins cher d’équiper ces villages d’une connexion internet haut débit, que de reconstruire ou d’adapter des bureaux, immeubles et bâtiments dont personne n’avait imaginé un jour qu’un virus viendrait perturber l’activité.

Le covid-19 est un sujet complexe et pluriel qui touche à la fois le secteur médical, l’économie, le social et la dimension financière. Pour autant, l’urbanisme et la planification urbaine ne sont pas en reste, car c’est par l’adaptabilité de notre cadre de vie et de travail que nous pourrons aussi contribuer à lutter contre la propagation du virus.