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Rapport de Myriam El Khomri : mesures possibles de sortie de crise du Covid-19 (et réciproquement) pour l’évolution des métiers du grand-âge

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Le 29 octobre 2019, Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé, a reçu le rapport sur l’attractivité des métiers du grand âge et de l’autonomie conçu par Myriam El Khomri, ancienne ministre du Travail, aujourd’hui directrice conseil chez Siaci Saint Honoré. Cette mission pilotée bénévolement et appuyée par une équipe composée d’experts, de représentants de fédérations et associations gestionnaires d’EHPAD, de services à domicile, et d’élus des régions et des départements, a permis de mettre à jour constats et propositions concernant l’évolution des métiers du grand âge. 

Un rapport complet de plus de 130 pages en est issu. Personne ne pouvait imaginer qu’une crise sanitaire (et économique) de très grande ampleur placerait les feux des projecteurs et des priorités collectives sur le secteur du grand-äge !

Les constats du rapport El Khomri
De forts besoins en recrutement : (et ce n’est pas la crise du Covid qui le démentira !)

Le vieillissement de la population n’est pas une surprise. En revanche, tout le monde ne vieillit pas de la même manière. Ainsi, les personnes en perte d’autonomie continueront d’augmenter, de 1,39 million en 2020 à 1,48 million en 2025. Pour répondre au vieillissement démographique et améliorer les conditions de prise en charge de ces personnes, près de 93 000 postes supplémentaires devront être créés dans les cinq prochaines années (2020-2024). Un travail qui passe donc par des formations adaptées afin de faire connaître ces métiers essentiels au bon fonctionnement de notre société.

Concrètement, il sera nécessaire de former au moins 260 000 professionnels afin de pourvoir aux postes vacants. Des métiers qui sont donc porteurs d’avenir, de sens et dotés de valeurs fortes, à la fois dans les EHPAD, mais également dans le cadre des soins à domicile.

Des métiers du grand-âge peu attractifs et à revaloriser (au-delà d’une prime exceptionnelle et ponctuelle de 1.500 euros)

Dans notre société, les métiers d’aide-soignant et accompagnant éducatif et social ne sont plus attractifs. La baisse de 25% en six ans des candidatures aux concours d’accès à ces deux métiers est très révélatrice. Pourtant, les raisons sont bien connues.  

Le premier problème est lié aux conditions de rémunération. Les salaires de base avoisinent le SMIC, la progression salariale est lente et les perspectives d’évolution restent faibles. Il n’est donc pas rare d’avoir un taux de pauvreté élevé parmi ces métiers (17,5% des intervenants à domicile font partie des ménages pauvres contre 6,5% en moyenne pour l’ensemble des salariés).

Le second défi est lié aux conditions d’exercice de ces métiers. En raison du manque d’effectif, les professionnels du grand âge doivent toujours faire plus avec moins. Les postures et les rythmes de travail induisent une forte pénibilité et se traduisent par un nombre d’accidents du travail et de maladies professionnelles trois fois supérieur à la moyenne nationale. 

Durant la crise sanitaire, le secteur social et médico-social a été à nouveau sur la banquette arrière des mesures d’urgence et des renforts dirigés d’abord vers le secteur hospitalier. La correction de trajectoire s’est organisée près de 3 semaines après le début de la crise. Ce constat est de nature à accentuer le diagnostic de la mission El Khomri.

Des efforts aux effets insuffisants

Pour contrebalancer cette situation difficile, les politiques publiques ont tenté de restaurer l’attractivité des métiers du grand âge, en agissant sur les formations et la qualité de vie au travail. Néanmoins, les effets restent limités malgré de nombreux espoirs en raison notamment des nouvelles technologies capables de faciliter le maintien à domicile, la télémédecine et la transformation numérique susceptible d’aider les professionnels du grand âge. A ce titre, nul doute que le recours massif aux tablettes pour faire perdurer des liens entre les résidents et leurs proches constituera le point de départ d’un virage digital de grande ampleur, comme pour les téléconsultations.

Les quotas qui limitent le nombre de places pour les formations d’aides-soignants et d’accompagnants éducatifs spécialisés n’aident pas, non plus, à dynamiser le secteur qui est caractérisé par un cloisonnement important des organisations professionnelles. Ainsi, dans le secteur privé, les métiers du grand âge relèvent, par exemple, de 7 conventions collectives différentes.

Les solutions du rapport El Khomri
Assurer de meilleures conditions d’emploi et de rémunération

Le rapport préconise d’ouvrir 18 500 postes supplémentaires par an d’ici à fin 2024 afin de répondre aux besoins de prise en charge. Une démarche qui passe aussi par le faire de remettre à niveau les rémunérations inférieures au SMIC dans les grilles des conventions collectives à domicile. En effet, il n’est pas rare que certains professionnels restent payés au SMIC pendant une dizaine d’années, ce qui ne permet pas de dynamiser le secteur. 

Il est probable que la crise du Covid va accentuer le constat du rapport El Khomri, pour des raisons tant objectives que symboliques, au titre de la nouvelle attention portée par la nation à ce secteur.

Enfin, il est nécessaire de négocier une offre nationale compétitive pour équiper les accompagnants à domicile de véhicules propres. Ils supportent, notamment en zone rurale, des frais importants pour la mobilité d’un domicile à l’autre qui sont souvent insuffisamment indemnisés.

Donner une priorité forte à l’amélioration de la qualité de vie au travail

Le taux d’accidents du travail et de maladies professionnelles nécessite la création d’un programme national spécifique.

La crise du Covid conduira sans doute à des reconnaissances au titre des maladies professionnelles de certains décès de personnels soignants, hélas. Il est probable aussi que des orphelins de soignants et socio-éducatifs tombés au front du Covid seront demain reconnus comme pupilles de la Nation. Près de 30 parlementaires s’y emploient déjà, grâce leur soit rendue !

Il faudrait également imposer au moins 4 heures de temps collectifs par mois d’équipe à domicile et en EHPAD. Ces moments de rencontres et d’échanges entre professionnels sont indispensables pour garantir la qualité de la prise en charge des personnes âgées et redonner du sens au travail. 

La crise du COVID va très certainement souligner aussi les besoins d’échange inter-sectoriels, à la fois sanitaires (hôpital et ville), sociaux et médico-sociaux au niveau des territoires. Et il ne faudra pas y oublier les aidants comme les représentants d’usagers !

Moderniser les formations et changer l’image des métiers

Face à la pénurie de candidats, il faut ouvrir plus largement les conditions d’accès aux formations d’aide-soignant. Le concours peut être supprimé pour que l’inscription à ces formations se fasse dans les centres de formation via Parcoursup. Cette formation doit d’ailleurs être gratuite, hors frais d’inscription, quelle que soit la situation du candidat (aujourd’hui, 5% des étudiants doivent payer leur formation). 

Face aux très nombreux diplômes disponibles dans les métiers de l’accompagnement des personnes en perte d’autonomie (une soixantaine), il est nécessaire de rationaliser l’offre pour davantage de lisibilité. Une démarche qui peut aussi s’effectuer par la voie de l’alternance afin de former rapidement et efficacement des professionnels à fort potentiel d’insertion dans le marché de l’emploi.  

La formation imaginée par l’AP-HP lors de la crise du COVID, pour conforter l’engagement de non infirmiers ou aides-soignants dans la réalisation de gestes ou actes soignants pour d’autres professionnels de santé sera sans doute regardée avec un grand intérêt !

Pour les salariés en activité, la VAE doit être encouragée en portant à 25% la part des diplômes délivrés chaque année pour augmenter rapidement le nombre de professionnels et répondre aux besoins de recrutement des structures. Enfin, il faut faciliter les évolutions professionnelles en permettant à tous les salariés travaillant avec les personnes en perte d’autonomie d’accéder à une formation spécifique en gérontologie.

Le rapport de Myriam El Khomri sur l’évolution des métiers du grand âge est donc une source d’inspiration importante, à la fois pour les pouvoirs publics, mais aussi pour les organisations en charge de la relation et des soins avec les personnes âgées et dépendantes. A l’inspiration, et pour paraphraser Einstein, la crise du Covid vient ajouter la transpiration, donc la motivation !