Vaccins COVID-19 : comment assurer la logistique et le transport ?

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C’est fin 2020, alors que le monde tente de se défaire d’une deuxième vague de contaminations liée à la COVID-19 que les bonnes nouvelles sont venues éclaircir l’horizon : les premiers vaccins sont enfin disponibles et validés par les autorités sanitaires de différents pays. À pandémie exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Si le développement des vaccins représente un petit exploit compte tenu du contexte, la question de leur distribution doit être à la hauteur des attentes. Car, c’est toute la planète qui en a besoin.

Des défis immenses, mais qui diffèrent selon les vaccins

Chaque laboratoire pharmaceutique mise sur sa propre stratégie en matière de développement des vaccins. Par conséquent, les conditions d’usage, de stockage et de transport sont très différentes. Alors que certains pays comme la Chine ou la Russie disposent de leurs propres vaccins desquels on a encore peu d’informations, dans les pays occidentaux, trois options sont déjà disponibles :

  • Pfizer-BioNTech : c’est un vaccin à ARNm qui doit être conservé dans un congélateur à ultra- basse température (entre -80 °C et -60 °C) et à l’abri de la lumière. Les fioles peuvent être décongelées et conservées au réfrigérateur entre +2 °C et +8 °C jusqu’à 5 jours.
  • Moderna : c’est également un vaccin à ARNm qui doit être stocké entre -25  °C et -15  °C. Il peut ensuite être conservé 30 jours au réfrigérateur entre 2 et 8 degrés.
  • AstraZeneca : c’est un vaccin à adénovirus modifié qui peut être conservé à la température d’un réfrigérateur, soit entre +2 °C et +8 °C.

Parce que chaque vaccin ne sera pas disponible en même temps, la plupart des pays vont donc passer commande auprès de plusieurs laboratoires. Ainsi, les vaccins les plus faciles à stocker pourraient être réservés aux territoires ruraux les plus éloignés des grands centres urbains, qui eux, disposent souvent plus facilement d’équipements appropriés pour les vaccins à très basse température.

La chaîne logistique cryogénique à -80°C

À ce jour, la Commission européenne a conclu six contrats pour acheter un vaccin contre la COVID-19. Cela signifie donc des besoins de stockage et de transport différents, notamment en termes de chaîne du froid, de transport réfrigéré et de capacité de stockage. Dans le contexte des défis actuels en matière de logistique et de transport en vue de la distribution de vaccins contre la COVID-19, la gestion de la chaîne de transport cryogénique est sans doute le plus difficile.

Les professionnels de la logistique sont capables d’adopter des conteneurs avec de la neige carbonique, afin d’assurer la chaîne du froid sur 5 à 7 jours. Une durée suffisante qui permet de couvrir toutes les zones géographiques. Ainsi la première étape allant de l’usine à l’unité de stockage cryogénique est déjà couverte. En France, le ministre de la Santé Olivier Véran a déjà annoncé l’achat de « 50 super-congélateurs, qui sont reliés à des alarmes, et seront entreposés dans des endroits sécurisés à partir desquels des équipes pourront se déployer pour alimenter tous ceux qui seront amenés à vacciner ».

Les professionnels de la logistique pourront alors utiliser tous les moyens de transport à leur disposition, avions, bateaux et camions, pour acheminer les vaccins là où ils sont attendus. Si l’avion jouera un rôle essentiel pour un transport rapide, en réalité, ce dernier ne devrait représenter que 30% des moyens logistiques utilisés par les laboratoires pharmaceutiques.

Dans le cadre d’un déploiement classique, les produits sont souvent déchargés au sein de grandes plates-formes logistiques qui servent de zones tampons avant que les stocks ne soient dispatchés. Or, avec des contraintes de stockage aussi fortes, c’est un nouveau modèle qui devra s’organiser. C’est pourquoi le flux tendu semble la meilleure solution, en particulier pour les vaccins de Pfizer qui pourraient être directement envoyés de l’usine aux centres de vaccination. Les conditions d’une telle stratégie nécessitent que la chaîne logistique soit fluide et interconnectée.

Le dernier kilomètre et les enjeux de sécurité

La dernière étape de la livraison est celle où les vaccins sont le plus souvent abîmés ou gaspillés. La plupart des pertes se produisent lorsque le vaccin est envoyé à des cabinets médicaux ou des petites cliniques, qui n’ont pas la même qualité de réfrigérateurs et de congélateurs que les grands hôpitaux par exemple. La gestion de ce dernier kilomètre est donc cruciale pour un suivi et une traçabilité exemplaires. Les lieux de stockage devront probablement être sous alarme et surveillés en tout temps.

Interpol avait d’ailleurs indiqué s’attendre à une hausse « dramatique  ​» de la criminalité lors de l’acheminement des doses de vaccins contre la COVID-19. Elle expliquait ainsi que « nous allons assister à des vols, à des cambriolages d’entrepôts et à des attaques lors du transport des vaccins  ​», s’attendant également à une résurgence de la corruption « afin de se procurer plus rapidement le précieux remède ​».

La garantie de la sécurité de la chaîne d’approvisionnement est donc un enjeu de plus dans la logistique et le transport d’un produit qui n’a jamais été aussi attendu dans le monde. Sans compter que d’autres vaccins sont en cours de développement et pourraient aussi nécessiter des exigences particulières en termes de transport et de stockage. Plus que jamais, le monde de la supply chain nécessite d’immenses doses d’agilité et d’adaptabilité pour enrayer la pandémie.